Comment le célibat a changé ma vie

Photo tous droits réservés © Marie Albert

Ce texte est la version écrite de l’épisode 51 de mon podcast Sologamie, qui est diffusé sur toutes les plateformes d’écoute : https://shows.acast.com/sologamie

Faut que je vous dise un truc. Je ne suis plus célibataire. Je suis en couple. Après six ans à prêcher la sologamie, le célibat politique, la haine des hommes, je me remets en couple hétéro. Je ressens une grande honte. J’aimerais tant devenir lesbienne, rayer les mecs de ma vie, rester célibataire pour le restant de mes jours. Mais j’ai rencontré un mec qui s’appelle Simon, que j’aime beaucoup et avec qui je baise très bien. Il habite à 300 mètres de chez moi, à Cherbourg. Je me sens bien avec lui et je profite de cette nouvelle relation. Je vous en reparlerai davantage dans un prochain épisode. Ce n’est pas le sujet du jour.

Aujourd’hui, je souhaite revenir sur ce célibat que j’ai vécu pendant six ans, entre 2018 et 2024. Dès le premier épisode de ce podcast Sologamie, qui s’appelle “Célib en voyage”, je vous expliquais à quel point le célibat me permettait de vivre des expériences que je n’aurais pas tentées si j’étais restée en couple. Dans ce 51e épisode, je vous liste tout ce que j’ai fait pendant ces six années de liberté et que je rattache directement à mon célibat. Si vous le souhaitez, vous pouvez m’envoyer après votre écoute de l’épisode VOTRE liste de tout ce que vous avez fait grâce à votre célibat. Je vous lirai avec joie.

Comment le célibat a changé ma vie : 

  1. J’ai quitté le salariat (2018). Après avoir quitté mon dernier copain Michael en août 2018, je subis le harcèlement sexuel d’un collègue, alors que je suis journaliste en CDD à l’Agence France-Presse (AFP). Je me défends et j’appelle à l’aide la direction, qui protège mon collègue et me change simplement de service, sur mon insistance, jusqu’à la fin de mon contrat (décembre 2018). Après ce traumatisme, je quitte l’AFP et décide de ne plus y remettre les pieds, jamais. Je me sens dégoûtée par le monde du travail, alors que je viens d’être diplômée en journalisme. Je ne souhaite plus travailler en CDD ou CDI dans quelconque entreprise, par la suite.

Je deviens journaliste “indépendante”. Je vends des articles à l’unité (“à la pige”) à des médias. Je travaille seule, de chez moi. Je me sens libre et en sécurité (mais précaire : je touche les allocations chômage puis le RSA pour compléter mes faibles revenus depuis 2019). Je ne me sens pas obligée de gagner plus d’argent pour coller au “train de vie” de mon copain, puisque je n’en ai pas.

  1. J’ai quitté Paris (2020). Je “profite” des confinements liés au Covid pour retourner vivre temporairement chez mes parents et rendre les clés de mon studio parisien à la propriétaire. Je déteste Paris (pollution, monde, stress, 0 nature) alors ça me soulage. En tant que journaliste indépendante ET célibataire, je peux travailler d’où je veux dans le monde, en théorie.
  1. J’ai arrêté la pénétration (2018). Souffrant d’une vestibulodynie (douleur chronique à la vulve) depuis 2017, conséquence directe du combo pénétration d’un pénis dans mon vagin > infection urinaire > mycose vaginale, je mets une croix sur cette pratique sexuelle qui m’apporte peu de plaisir et me fait désormais souffrir. De toute façon, je suis célibataire donc je n’ai plus de mec qui me met la pression pour me pénétrer ! Les rares fois où je baise, je demande à mes partenaires du sexe non pénétratif. Bonus : je ne risque plus de tomber enceinte 🙂 
  1. J’ai fait le tour du globe sur un cargo (2019). Quelques jours après la fin de mon dernier CDD à l’AFP, j’embarque sur un bateau à destination de la Chine, le 4 janvier 2019. J’utilise l’argent économisé et les primes de précarité versées par l’AFP pour mettre 10 000 euros dans ce voyage que, c’est CERTAIN, je n’aurais jamais effectué si j’avais été en couple. Me séparer de mon mec pendant 4 mois m’aurait semblé insupportable. Je vis ma meilleure vie sur le bateau (mais pas que LOL), je baise avec des marins, je visite une petite partie de la Chine et les États-Unis, je me déconnecte complètement.
  1. J’ai écrit et publié un livre féministe, La Puissance (2019-2022). C’est le récit de mon tour du globe en cargo. Je mets beaucoup de temps à l’écrire, à le réécrire et à le publier en autoédition. J’y parle de mes relations passées, des violences sexistes et sexuelles que j’ai subies et de mon arrivée dans le célibat. Je peux étaler ma misandrie et ma sexualité sans craindre les foudres de mon mec, puisqu’il n’existe pas 😉
  1. J’ai lancé mes podcasts Marie Sans Filtre et Sologamie (2019-2020). Si j’étais restée en couple, aurais-je publié des épisodes dans lesquels je parle de plan à trois raté avec deux marins ukrainiens sur un cargo ou de “célibataires qui n’ont besoin de personne” ? NON, bien évidemment ! Si le célibat m’a permis 1 seule chose, c’est bien de créer le podcast que vous écoutez actuellement !
  1. J’ai emménagé avec ma sœur à Alençon (2020-2021). Je n’ai pas de mec et pas d’appart (j’ai lâché mon studio parisien, pour rappel) donc je peux suivre Clara qui part effectuer un service civique d’un an dans l’Orne, en pleine pandémie du Covid. Nous vivons dans un appartement du centre-ville et passons beaucoup de temps à : regarder des séries, manger des plats délicieux et partager des fous rires. C’était vraiment chouette.
  1. J’ai déménagé à la mer, à Cherbourg (2022). J’ai choisi cet endroit seulement en fonction de moi. Je souhaitais vivre dans un endroit tempéré, sans grosses chaleurs l’été et sans gros froid l’hiver. Je souhaitais vivre seule dans mon logement : près de la mer mais pas trop loin de Paris en train. J’ai demandé un logement social et j’en ai obtenu un après quelques mois d’attente.
  1. J’ai lancé le Survivor Tour, mon tour de France à pied contre les violences sexistes (2020). Chaque été ou presque, je randonne seule pendant deux ou trois mois, le long des côtes et des frontières françaises. Je dors seule sous ma tente dans la forêt. Je me réapproprie l’espace public et je me défends dès que je subis des violences. Pendant l’été 2023, j’ai notamment traversé les Pyrénées à pied et atteint le 4000e kilomètre parcouru depuis le départ. Si j’étais accompagnée d’un mec, ce serait beaucoup moins BADASS, n’est-ce pas ?

Prochain départ du Survivor Tour : 1er septembre 2024 de Cerbère (Pyrénées-Orientales). Je compte marcher deux mois le long de la côte méditerranéenne, depuis la frontière espagnole, en direction de la frontière italienne. Abonnez-vous à ma newsletter “La Lettre d’une aventurière” et à mon compte Instagram @mariealbertfr pour suivre mes aventures féministes en direct ! Vous pouvez aussi soutenir financièrement pour Survivor Tour, en vous abonnant à ma page Patreon. Merci d’avance pour votre soutien.

  1. J’ai parcouru les 300 kilomètres du chemin de Stevenson dans le Massif central (2023). Ça, c’était un entraînement pour ma traversée des Pyrénées. En mai 2023, je pars trois semaines, toujours sans mec, marcher du Puy-en-Velay à Alès, dans les Cévennes. C’est une expérience magique. L’une de mes randonnées préférées à ce jour ! Je vous la conseille. Les paysages sont magnifiques et le sentier assez fréquenté.
  1. J’ai milité dans des collectifs féministes (2018-2023). Vous l’avez compris, mon célibat m’a laissé du temps et de l’espace pour voyager, déménager… Il m’a aussi permis de m’investir dans des espaces militants. À Paris, je m’investis en 2018 dans le collectif Cyclique, qui a créé une plateforme queer et féministe dédiée à la santé reproductive (cyclique.fr est aujourd’hui fermé) mais aussi un festival qui s’appelait Sang Rancune. À Alençon, je m’investis dans le Collectif des droits des femmes, qui organise et participe à des rassemblements et des manifestations. Je prends aussi part à des actions de collages féministes dans la rue avec elles, en 2021. À Cherbourg, je m’investis dans le Centre LGBTI qui organise notamment la première Marche des fiertés de la ville en 2023.
  1. J’ai couru un triathlon, un semi-marathon et un marathon (42km) avec ma meilleure amie Tara et mon frère Louis (2022-2024). Progressivement, je chasse mes douleurs chroniques et je me mets sérieusement au sport. Je m’entraîne régulièrement à la course à pied, au cyclisme et à la natation. Je découvre le renforcement musculaire/préparation physique générale (PPG) et ça fait MAL ! Je m’inscris à des compétitions de courses sur route et de trail. Je progresse et je me sens fière de moi/nous.
  1. J’ai soigné ma vestibulodynie (2018-2022). Après cinq de douleur chronique, je trouve la solution à l’été 2022 (écoutez ou lisez l’épisode “J’éradique ma vestibulodynie” pour la connaître). Mon célibat me permet de diriger toute mon énergie vers la guérison. Je me sens reconnaissante envers moi-même d’avoir persévéré et réussi. Aujourd’hui guérie, je refuse toujours la pénétration d’un pénis dans mon vagin mais je n’ai presque plus mal à la vulve quand je touche cette zone 😉 Au contraire, elle est source d’un infini plaisir.
  1. J’ai lutté contre ma dépendance affective (2018-2024). Je n’ai pas choisi le célibat. Le célibat s’est imposé à moi. Pendant six ans, je n’ai relationné qu’avec des tocards qui refusaient de me donner autre chose que des miettes de pain. Je quémandais leur attention et leur amour, sans succès. Alors j’ai décidé de m’extraire de ces relations toxiques. Je me suis concentrée sur moi.

Avec ma psychologue, je travaille sur ma dépendance au regard masculin, à la validation d’un homme, aux relations hétéros. J’arrête les applications de rencontre, qui renforcent ma dépendance. Quand je rencontre un mec qui me plais, je me fais passer en première. Je privilégie ma santé mentale. Je choisis des partenaires respectueux. Je ne leur offre pas tout mon temps, ni toute mon attention. Pour en savoir plus sur ce sujet, vous pouvez écouter ou lire l’épisode 37 “Comment j’éradique ma dépendance affective”.

  1. J’ai créé mon potager (2022-2024). C’est peut-être petit pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup… Le célibat m’a laissé du temps pour mes lubies (2020-2021 : grossesse et parentalité ; 2021-2022 : plantes et potager ; 2022-2023 : course à pied ; 2023-2024 : apnée). Entre 2021 et 2022, j’habite dans la maison de mes parents et je profite d’un bout de leur jardin pour créer mon premier potager et récolter des KILOS de légumes. Depuis que j’habite en appartement à Cherbourg, j’investis le balcon avec des plantes, des aromates et des légumes. C’est moins efficace (mon balcon est exposé au vent) mais je me régale de fraises actuellement.
  1. J’ai commencé un décompte des infanticides commis en France (2020-2024). Vous pouvez le suivre sur Facebook, Twitter, Instagram et TikTok. J’en suis très fière. Ce travail de recensement et de publication me prend beaucoup de temps. C’est un travail gratuit et déprimant. Mais important.
  1. J’ai enquêté sur les violences sexistes et sexuelles pour la presse française (2019-2022). Encore un travail difficile dont vous pouvez lire les résultats sur mon blog mariealbert.info. Parmi les médias qui m’ont publiée : GEO, We Demain, Reporterre et Madmoizelle.
  1. J’ai pratiqué l’apnée en piscine et en mer (2023-2024). Encore une passion, encore du temps et du courage pour m’investir ! Serais-je aussi dégourdie si j’étais en couple hétéro classique ? J’ai un doute.
  1. J’ai couché avec qui je voulais quand je voulais (2018-2024). Bon ça, je sais pas si c’est une bonne idée 😉 LOL je blague. C’est vraiment cool le célibat, on peut pécho les personnes qui nous plaisent et qui sont consentantes !
  1. Je me suis investie dans mes relations avec mes ami·es, mon frère et ma soeur (2018-2024). J’ai organisé des vacances avec elleux. Ça, c’est peut-être la partie dont je suis la plus fière actuellement (je parle beaucoup de fierté dans cet épisode, dis donc). Quand je suis en couple, je passe un temps infini avec mon mec. Quand je suis célibataire, je vis avec mes proches, je pars en vacances avec mes proches, je m’intéresse à mes proches. Et comme iels sont aussi célibataires, on peut s’investir des deux côtés ! Cet été, je pars en Écosse deux semaines avec ma soeur et mon frère, pour des vacances, par exemple <3
  1. J’ai arrêté de parler à ma mère (2018-2024). Bon ça, c’est l’objet de tout un épisode de mon podcast Marie Sans Filtre. Je ne sais pas si c’est en rapport avec mon célibat mais ça s’est passé au même moment… Mes parents sont violent·es donc couper les ponts (au moins temporairement) avec ma mère, c’est déjà une victoire !
  1. Je me suis fait tatouer : NON en rouge dans la nuque, un doigt d’honneur sous l’aisselle gauche, une vulve en sang sous l’aisselle droite et un pigeon volant sur ma cuisse droite (2018-2021). Mon mec n’aurait probablement pas apprécié, ahah.
  1. Je me suis rasé la tête, j’ai arrêté de me maquiller et de porter des vêtements féminins (vive les joggings) pendant un temps. Quand je ne date pas, je me fiche de l’opinion des hommes sur mon apparence et je me sens libre de porter (presque) ce que je veux.
  1. Je suis devenue plus féministe, plus misandre, plus militante… Pendant six ans, je ne définis ma valeur en fonction du regard masculin (du moins, j’essaie). Je lis des centaines d’essais féministes, queer, antiracistes. Je poursuis ma “déconstruction” sans qu’un mec me barre le passage.
  1. J’ai appris à bricoler seule dans mon appartement, à peindre des murs… Ça, c’est l’aspect le plus cool. Je me sens tellement forte, maintenant que je sais utiliser mes mains pour prendre soin de mon chez moi.

Évidemment, le célibat n’est pas tous les jours facile à vivre. Dans cet épisode, j’ai évoqué les aspects positifs parce qu’ils sont très importants pour comprendre qui je suis aujourd’hui. Je ne reviendrai pas en arrière. J’espère revivre des longues périodes de célibat à l’avenir car aujourd’hui je suis de nouveau en couple (sniff).
Voilà, je vous laisse avec ces 23 points positifs sur mon célibat. Écrivez-moi sur Patreon ou sur Instagram pour me partager les vôtres. Moi, je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode de Sologamie.

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Marie Albert

Aventurière, journaliste et autrice

16 juillet 2024

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Marie Albert

Aventurière, journaliste et autrice féministe

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