Marie Sans Filtre 8# Je suis une salope

Tu peux écouter mon podcast Marie Sans Filtre à cette adresse : anchor.fm/mariesansfiltre

Tu écoutes ou lis l’épisode 8 de mon podcast Marie Sans Filtre. J’ai mis beaucoup de temps à trouver une idée. J’ai ré écouté tous mes enregistrements depuis deux ans. Tu sais, toutes ces histoires que j’enregistre avec mon petit dictaphone dans mon grand lit. Je n’ai rien trouvé d’intéressant. J’ai failli abandonner. Deux tiers de mes enregistrements concernent mes aventures avec les garçons. Je suis lasse. Je suis fatiguée de mes déceptions hétérosexuelles. Elles ne m’intéressent plus. Je veux parler d’autre chose.

Et puis… et puis, je suis tombée sur l’histoire de Jérémie. Encore un homme. Je l’ai rencontré au lycée à Versailles. J’avais 18 ans. J’étais en couple avec un autre. J’étais amoureuse d’un autre. J’étais heureuse. J’ai décroché le bac avec la mention très bien. J’ai réussi le concours de Sciences Po Lille. Je suis partie en vacances. J’ai embrassé Jérémie. Je suis sortie avec Jérémie. J’ai passé l’été 2012 avec Jérémie. L’histoire s’est mal terminée. Je l’ai oublié.e. J’ai retrouvé mon copain. J’ai continué ma petite vie amoureuse monogame et hétérosexuelle.

Les années ont passé. Je suis montée sur un bateau-cargo en janvier 2019, pour faire le tour du globe. J’ai éteint mon smartphone et j’ai réfléchi à ma vie. Le 27 avril 2019, j’ai repensé à Jérémie. Je naviguais sur l’océan Atlantique. J’ai pris mon dictaphone et j’ai enregistré cette histoire. J’étais en colère. Je te laisse écouter mon récit.

L’enregistrement s’interrompt brutalement. Mais tu as compris l’histoire. A l’époque de Jérémie, j’avais 18 ans. J’étais en couple monogame avec un garçon catholique. Je croyais que j’étais monogame. Je croyais que j’étais hétérosexuelle. J’ai compris bien plus tard que non. Je n’ai jamais été fidèle, mais c’est quoi la fidélité ? Ce mot me donne envie de vomir. J’ai quitté mon copain de l’époque deux ans plus tard. Je suis sortie avec un autre garçon, le mec violent dont je te parle dans l’épisode 4. Je l’ai trompé lui aussi. Ca veut dire quoi, “tromper” ? Draguer, c’est tromper ? Embrasser, c’est tromper ? Sucer, c’est tromper ? A vrai dire, je ne me rappelle pas le nombre de fois que j’ai effectivement “trompé” les mecs avec qui je suis sortie. J’étais amoureuse d’eux. Mes aventures ailleurs n’ont jamais perturbé mes sentiments à leur égard. Je les ai quittés, bien plus tard, pour d’autres raisons. Je ne les aimais plus. 

Et puis un jour, j’ai rencontré Michael. Nous avons d’abord formé un couple monogame. Ou plutôt, exclusif, c’est comme ça qu’on dit. Ensuite, je lui ai demandé d’ouvrir la relation, car il l’avait déjà fait auparavant. Il a accepté. Nous avons alors créé notre propre relation libre. Les règles : on fait ce qu’on veut de notre corps et notre esprit mais on ne se raconte rien. Je ne lui ai jamais dit avec qui je baisais, et lui non plus. Aujourd’hui, j’ignore toujours s’il a effectivement profité de cette relation libre pour aller voir ailleurs. Je m’en moque. Je préfère ne pas savoir. Je ne suis pas vraiment jalouse mais je redoute la jalousie. Si je ne sais rien, alors je n’imagine rien. Nos relations extra-conjugales n’appartiennent qu’à nous. Elles ne remettent pas en question l’amour que nous partageons. J’ai beaucoup aimé Michael et puis comme toujours, je me suis lassée. Je l’ai quitté à l’été 2018. Depuis lors, je suis célibataire. J’ai bien essayé de rencontrer d’autres garçons, de me remettre en couple, mais je ne rencontre que des connards. Et puis j’ai compris que je ne suis pas hétérosexuelle, mais pansexuelle. J’essaie de nouer des relations avec d’autres personnes que des hommes cisgenres et hétérosexuels. Ils m’intéressent de moins en moins. Ils me déçoivent toujours. 

A un moment, et tu le sais déjà, je suis partie voyager sur un bateau-cargo. J’ai fait le tour du globe. Tu peux écouter l’épisode 6 de ce podcast dans lequel je raconte cette expérience folle. Au milieu de l’océan Pacifique, j’ai commencé à lire, sur ma liseuse, l’essai La Salope Éthique, écrit par Dossie Easton et Janet Hardy. Et là, j’ai compris. J’ai compris que je suis une salope éthique. Alors oui, je n’ai pas toujours été éthique. Avec Jérémie et mes ex, je n’ai pas été honnête. J’ai joué à la plus maligne. Mais avec Michael, j’ai été cette salope éthique que Dossie Easton et Janet Hardy présentent. Je suis pansexuelle et polyamoureuse. C’est à dire que je refuse le couple exclusif avec un homme cisgenre et hétérosexuel. Je multiplie les aventures et les relations avec des personnes différentes, non pas parce que ma vie est triste et que je m’ennuie (enfin peut être mais peu importe). Je multiplie ces aventures et ces relations car j’en ai envie. J’aime l’amour, j’aime le sexe et par dessus tout, je suis curieuse. J’aime découvrir de nouvelles personnes. Et j’aime construire une relation. Bon, toutes mes relations se cassent la gueule depuis 1 an et demi mais j’ai bon espoir de régler le problème un jour. J’ai une bonne psy. Nous travaillons. J’avance vers des relations simples, sereines et durables. J’y crois. Je ne hiérarchise pas mes aventures entre elles. L’amour que je ressens envers une personne n’ampute pas mon amour pour une autre. Comme l’écrivent Dossie Easton et Janet Hardy, “l’amour n’est pas une limite du monde réel”. 

Peut-être que je t’ai perdu.e. Je vais donc te raconter une autre histoire très drôle (ou pas) qui m’est arrivée après mon tour du globe en cargo. Ah non, déjà il faut que tu écoute celle que j’ai vécue pendant mon tour du globe en cargo. Tu sais, mon plan à trois sur un bateau. C’est l’épisode hors-série de ce podcast, que j’ai sorti il y a quelques semaines. Si ce n’est pas déjà fait, je t’invite à l’écouter. Très bon exemple de ma vie de salope éthique. (le problème c’est que les mecs en face ne sont jamais des salauds éthiques, eux). Si tu as déjà écouté cette histoire, très bien. Passons au mois de mai 2019. Je rentre à Paris. Je te raconte une nouvelle histoire de salope éthique dans cet enregistrement. Je te laisse l’écouter.

Comme d’habitude, j’interromps cet enregistrement brutalement. Tu as compris l’histoire. J’essaie de nouer une relation avec un salaud pas du tout éthique. J’essaie de me comporter en salope éthique mais personne ne comprend autour de moi. J’ai fait des progrès depuis l’épisode Jérémie. Mais aujourd’hui, je rencontre un nouvel écueil. Le slut-shaming. Culpabilisation des salopes, en anglais. C’est l’activité favorite de la population française. Si tu couches le premier soir, tu es une salope. Si tu embrasses une personne déjà maquée, tu es une salope. Si tu entretiens plusieurs relations en même temps, tu es une salope. Le problème, c’est que le mot salope est connoté péjorativement. Moi je revendique le droit d’être une salope. Je revendique ce mot salope. Je vais même me le faire tatouer sur le bras. N’oublions pas que je suis une salope éthique. Donc je respecte les personnes avec qui j’entretiens une relation. Je respecte leur consentement, leur volonté et leurs émotions. Être une salope éthique, c’est un vrai boulot. Dans leur livre, Dossie Easton et Janet Hardy donne tous leurs conseils pour réussir sa vie amoureuse et sexuelle en tant que salope éthique. Elles proposent des exercices pratiques. Je te conseille vraiment ce bouquin ! Qui que tu sois. Même si tu refuses de te définir comme une salope éthique. Il n’y a aucun problème. Par contre, il faut que tu acceptes que je le sois. Il faut que tu me respectes. Je t’interdis de me traiter de salope. C’est un peu comme pour les mots pute et pédé. Seules les personnes concernées les utilisent et les revendiquent. Les autres ferment leur gueule. Maintenant que tu as compris, aide-moi à faire comprendre au monde entier que le slut-shaming, c’est mal. Je suis une salope presque éthique et je t’emmerde. Allez, je retourne draguer et baiser toutes les personnes que j’aime en ce moment. Bisous.

Tu viens d’écouter ou de lire l’épisode 8 de mon podcast Marie Sans Filtre. Je te remercie pour ton attention. Si tu apprécies mon travail, je t’invite à me soutenir sur ma cagnotte Tipeee, dont tu trouveras le lien dans ma description. Ce podcast est un projet bénévole et je ne peux le poursuivre sans ton aide. Merci !

Marie Albert

13 mars 2020

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Marie Albert

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